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LA POLEMIQUE

Le 21 février 1941, Citizen Kane est achevé. Orson Welles est alors populaire mais les professionnels savent peu de choses sur ce film tourné dans le plus grand secret. Le film est projeté à la presse qui en ressort unanimement enthousiaste, même si la polémique autour du film demeure entière. Cette célèbre polémique tourne autour de la ressemblance du personnage Charles Foster Kane avec un grand magnat américain Randolph Hearst. Il est vrai que leur deux biographies comportent de nombreux points communs. Hearst est le fils unique d'un propriétaire de mine dans le Colorado, il reprend très jeune le journal Inquirer et le développe avec succès, tente sa chance dans la politique et protège une jeune femme, Marion Davies, qui fut sa maîtresse pendant plus de trente ans et dont il veut obstinément faire une star. Devenu le richissime propriétaire d'un gigantesque empire médiatique, Hearst se fait construire un palais, le château de San Simeon.

La résidence de San Simeon

Welles montre cette imposante et baroque demeure, en lieu et place de Xanadu (palais de Kane), lors de la scène d'exposition de Citizen Kane. Toutes ces similitudes sont trop évidentes pour n'être dues qu'au hasard. De plus Herman Manckiewicz, le co-scénariste du film, est un ancien invité des fêtes données dans le château californien d'Hearst et maîtrise donc assez bien le sujet.

En fait Orson Welles ne cherchait pas à fustiger un individu en particulier, qu'il s'agisse de Randolph Hearst ou d'Howard Hughes mais plutôt une classe entière, celle des " grands ploutocrates de l'Amérique de ces années-là ". D'ailleurs Orson Welles déclarait " avoir toujours pensé que Randolph Hearst avait le droit d'être choqué ".

Randolph HearstMalheureusement Randolph Hearst était peu sensible à l'abstraction de Welles : il voyait surtout dans ce film une attaque personnelle, une atteinte à sa vie privée. C'est pourquoi il donna la consigne à tous les quotidiens dont il était propriétaire de boycotter Citizen Kane ainsi que tous les films de RKO et tente même d'interdire la sortie du film. Mais Orson Welles, épaulé par son studio, résiste à la pression et Citizen Kane finit par sortir en février 1941 pour le tout Hollywood. Les critiques sont dithyrambiques. Le 1er mai, Orson Welles présente son film en salles à New York.

Citizen Kane a connu un énorme succès d'estime, un succès critique mais pas un succès commercial. Et ce, pour deux raisons : Hearst a maintenu sa pression sur les exploitants de salle en les menaçant de sanctions en cas de diffusion du film et d'autre part le contexte de l'époque n'était guère favorable au cinéma en général. Citizen Kane n'est d'ailleurs sortie en France, en version originale sous-titrée, qu'après la Seconde Guerre Mondiale, en 1946.

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