| editions | montparnasse | |
|
www.citizenkane-video.com
|
| Citizen | DVD | Welles | Bonus | AFI | RKO | |
|
Des
innovations narratives
|
|
La
construction narrative du film est assez audacieuse pour l'époque.
En effet, Citizen Kane s'ouvre sur un homme mourant qui prononce dans
son dernier souffle le mystérieux mot Rosebud, tout en laissant
tomber une boule de verre. La séquence suivante est une bande d'actualités,
les News on the March, (hommage appuyé au plus fameux magazines
d'actualités d'alors, The March of Time) retraçant
la vie du personnage qu'on vient de voir mourir, Charles Foster Kane.
Ce passage constitue une espèce d'entrée en matière
et de sommaire car il présente les différents stades de
la vie de Kane, les contradictions qui régissent le personnage.
Tout au long du film, ces différents épisodes vont être
repris et éclairés par différents témoignages. D'autre
part, à la fin de la projection de la bande d'actualités,
le spectateur se rend compte qu'il assiste à une projection privée
réunissant le producteur de l'émission et le journaliste
qui l'a réalisée. Rawlston, le producteur, se déclare
insatisfait du résultat et ordonne au journaliste de trouver le
sens des dernières paroles de Kane, de percer le mystère
Rosebud. Il veut la vérité sur cet être contradictoire,
tantôt aimé, tantôt haï, tantôt acclamé
par la foule, tantôt conspué. |
Ainsi après la biographie linéaire de News on the March,
le film reconstitue la vie de Kane à coup de flash back, de discontinuité
narrative, de points de vue divergents, de portraits kaléidoscopiques.
Toute l'originalité de la construction du film repose sur cette polyfocalisation, sur ces ruptures de la progression linéaire de l'histoire.
Au terme de son enquête, Thompson n'aura pas résolu le mystère Rosebud mais le réalisateur, véritable deus ex machina, livre le lourd secret au spectateur. Un long plan explore le grand hall de Xanadu qui renferme mille et un objets ayant appartenu à Kane et faisant référence à différents moments de sa vie. La caméra se fixe sur plusieurs objets avant de s'immobiliser sur une luge qu'un ouvrier jette au feu. Le mot Rosebud apparaît de manière fugace avant la disparition en fumée de la luge. Seul le spectateur connaît la clé du mystère mais le gros plan sur la luge n'est pas la dernière image du film. Orson Welles prend congé du spectateur sur un plan de Xanadu, aperçu derrière le portail du château, suggérant ainsi que la clé du film n'est peut-être pas là où l'on croit. Le réalisateur ne tranche pas, il laisse la liberté de penser que ce mythe de l'enfance brisée explique la complexité de Kane ou bien que, comme le dit Thompson à la fin du film : " Je ne crois pas qu'un mot puisse expliquer toute la vie d'un homme. " Orson Welles s'exprime sur cette question de vérité, d'authenticité à la demande d'Alain Bergala et Jean Narboni à l'occasion d'un entretien en mars 1982 : On a souvent le sentiment qu'il y a des questions qui vous ennuient, ce sont les questions qui portent sur la " vérité ". Qui était " vraiment " Kane, dites-nous le dernier mot sur " Exactement, vous avez raison, c'est exactement la question de la vérité. " Vous trouvez que c'est ennuyeux ? " Oui, pas seulement la question, mais toute réponse à cette question. (rires) Toute réponse, quelle qu'elle soit ! Trop d'intellectuels répondent à ces questions, j'ai entendu tant de réponses (rires) ! C'est une invitation aux pires vices de l'intellectuel, ces questions concernant la vérité : qui est qui, et ainsi de suite "
|
|
Copyright
© 2000 Editions Montparnasse. All rights reserved
|